Droit de réponse de Jean Staune à Guillaume Lecointre
Droit de réponse de Jean Staune à l’article de Guillaume Lecointre
" Pour la Science " mai 99, page 8 .
La présentation haineuse et tendancieuse que fait Guillaume Lecointre de l’Université Interdisciplinaire de Paris est si éloignée de la réalité qu’il est impossible de détailler ici tous les amalgames et erreurs qu’elle contient.
En voici les principaux. Pour le reste, nous ne pouvons que convier les lecteurs de " Pour La Science " voulant avoir une information exacte sur l’UIP à nous contacter.
Parlant du colloque " Un Siècle de prix Nobel, Science et Humanisme " que nous avons co-organisé avec l’UNESCO, Lecointre écrit que nous sommes allés " chercher aux Etats-Unis des lauréats du prix Nobel ayant quelque chose à révéler sur Dieu ".
S’il avait assisté à ce colloque au lieu de le critiquer sans avoir la moindre idée de ce qui y fut dit, Lecointre saurait qu’aucun des douze prix Nobel qui ont accepté d’y participer n’a parlé de Dieu sous une forme ou une autre. Une seule conférence (sur 35) était consacrée au thème " Science et Religion aujourd’hui " par un philosophe de Berkeley au cours de ce colloque qui faisait la synthèse des grandes découvertes scientifiques de ce siècle et dont la qualité a été unaninement reconnue par près de 2 000 personnes y ayant assisté.
Lorsque Lecointre écrit que l’UIP compte parmi ses membres des gens qui " proposent ouvertement un retour au Moyen-Age , précisément pour remettre l’Homme au centre de toute la cosmologie et soumettre la science au pouvoir théologique " , un lecteur non informé peut imaginer les pires choses concernant l’UIP.
Or Lecointre fait allusion au " principe anthropique " qui, comme l’ont montré des astrophysiciens aussi éminents que Paul Davies, Freeman Dyson, John Barrow, Trinh Xuan Thuan etc... établit un lien entre les lois fondamentales de l’univers et l’apparition de la vie, voire dans la conscience humaine, ce qui redonne à celle-ci une place certaine au sein de la cosmologie.
Les lecteurs de " Pour la Science " doivent être informés que l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences (AAAS, première association mondiale de scientifiques et éditeur de la revue " Science ") vient d’organiser un colloque intitulé " Cosmic Questions " traitant ouvertement du thème " Is the universe designed ? ". Peut-on soupçonner l’AAAS de prôner un retour au moyen-Age ?
Ce colloque de l’AAAS est un signe d’une mutation de la science qui réintroduit des questionnements philosophiques ( et non des prises de position nécéssairement spiritualistes comme essaie de nous le faire croire Lecointre ) au coeur même de sa pratique sans que cela signifie aucunement une " mort du matérialisme " (à laquelle d’après Lecointre l’UIP travaillerait , ce qui est plus qu’absurde si l’on regarde ne serait-ce qu’un instant l’ensemble de nos programmes ) comme le montre la citation suivante : "La science des XVIIIème et XIXème siècles avait abouti au triomphe du matérialisme mécaniste, qui expliquait tout par l’agencement de morceaux de matière minuscules et indivisibles. Cette vision assez primitive, à laquelle se tiennent encore la plupart des biologistes, avait pour conséquence l’inutilité des religions et comme celles des philosophies qui font appel à l’existence d’entités non-matérielles. Le fait que ces morceaux de matière se voient révélés n’être en réalité que des abstractions mathématiques, non locales, c’est-à-dire pouvant s’étendre sur tout l’espace, et de plus n’obéissant pas au déterminisme, a porté un coup fatal à ce matérialisme "classique". Certes le matérialisme est encore possible, mais un matérialisme "quantique", qu’il faudrait appeler "matérialisme fantastique" ou "matérialisme de science-fiction".( Ortoli et Pharabod : " Le Cantique des Quantiques " ).
Lecointre parle du " lourd passé " et des " aberrations " de l’UIP sans jamais justifier ces calomnies par d’autres faits qu’une citation de moi-même où je fais référence à la phrase ci-dessus d’Ortoli et Pharabod, deux auteurs totalement agnostiques qui parlent en des termes qu’approuveraient des dizaines de physiciens des implications de l’évolution de notre connaissance de la matière. Cette phrase reflète d’ailleurs parfaitement les idées développées par les personnalités membres de l’UIP lorsque l’on aborde la question du " nouveau paradigme ".
Il est particulièrement scandaleux que " Pour la Science " ait illustré l’article de Lecointre avec un dessin faisant référence à "l’Astrologie quantique " et à la " Numérologie quantique " !
Non seulement l’UIP n’a jamais traité et ne traitera jamais d’Astrologie et de Numérologie, mais l’UIP effectue un travail pédagogique dont la valeur est reconnue par de nombreux scientifiques (ce qui est la cause de leur soutien ) en permettant à des gens qui pourraient être tentés par des " para-sciences " d’entendre des conférences de haut niveau sur les bases, les limites et les conséquences de la science actuelle.
Une revue comme " Pour la Science " devrait nous féliciter d’inciter le public à s’interresser aux dernières expèriences de physique quantique publiées dans les meilleurs revues à référés ( cf. le colloque " Aux frontières de la Physique " de l’UIP du 06/06/98 ) plutôt qu’à l’astrologie.
A l’exact opposé de " vouloir la mort de la Science ", comme nous en accuse Lecointre , l’UIP travaille à une perception toujours meilleure des denières avancées scientifiques par le grand public et a permis à celui-ci d’entendre pour la première fois en France des conférences de personnalités telles que Charles Townes, Baruch Blumberg, Freeman Dyson, Roger Penrose, Abraham Pais et bien d’autres.
Dans la droite ligne des inquisiteurs de la Renaissance, Lecointre confond sa vision de ce qu’est la Science avec la Science elle-même et crie à l’assassinat de la Science dès qu’on attaque les conceptions rétrogrades ( cf. la citation d’Ortoli et Pharabod ) qui sont les siennes.
Ces anathèmes d’un autre âge, dont il est étonnant qu’ils aient pu abuser une revue comme " Pour la Science " au point qu’elle ait publié ce qui est essentiellement un " copié-collé " de textes publiés par le même Lecointre dans " Charlie-Hebdo ", n’empêcheront pas un nombre sans cesse croissant de scientifiques de haut niveau de participer à un des débats les plus excitants de cette fin de siècle, relatif aux implications philosophiques de la Science moderne... et de soutenir l’action de l’UIP, comme les lecteurs de " Pour la Science " pourront le constater d’eux-même si la rédaction publie le " point de vue " que sont en train de préparer des membres du conseil scientifique de l’UIP ulcérés par l’article de Lecointre.
P.S. Par ailleurs il est parfaitement exact que l’UIP a co-organisé un cycle de conférences avec l’Église Réformée de France et que certains des intervenants, comme Jean-Marc Levy Leblond, invités par l’Église Réformée, n’ont pas été avertis par cet Organisme de cette co-organisation. La responsabilité de cette situation ne peut en aucun cas nous être imputée.
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