Origine, création et sens
Par Groupe « Paroles » , :: Nature de la Science :: 1 Commentaires
La Croix, mardi 11 avril 2006
Groupe « paroles »
La bataille fait rage aux Etats-Unis entre évolutionnistes ou néodarwinistes d’une part, et créationnistes ou néo-créationnistes promoteurs du « dessein intelligent » d’autre part. Ce débat prend un tour passionnel dans le contexte idéologique de la société américaine. Même si le contexte français est différent, nous sommes touchés par cette controverse. Si les mondes scientifique et religieux se trouvent interpellés, le monde de l’éducation doit proposer des éléments du débat, dans l’esprit d’une saine laïcité. Comment l’école propose-t-elle d’aborder les relations entre la démarche scientifique, et, parmi d’autres hypothèses, celle de la foi en un Dieu créateur ?
Le groupe « paroles » se retrouve autour d’une conviction : le concept d’évolution, qui remonte à Lamark, fut développé par Darwin, a été discuté, voire complété ensuite, constitue une donné scientifique majeure et n’est en rien opposé à la foi chrétienne. Jean Paul II déclarait en 1996 que l’évolution « est plus qu’une hypothèse », invitant ainsi l’Eglise catholique à ne pas retomber dans une nouvelle affaire galilée.
Oui, nous reconnaissons à la science et aux discours scientifiques leur pleine autonomie. Ils n’ont en rien besoin d’une béquille religieuse et nous refusons d’utiliser Dieu comme bouche-trou de nos ignorances.
Oui, nous refusons l’approche créationniste. Il n’est pas question de lire le début de la Genése comme un récit historique et de croire que le monde a été créé en six jours. La lecture fondamentaliste est incompatible avec les données de la science. Elle est dangereuse et contribue à diffuser une vision obscurantiste du christianisme. L’articulation de la pensée scientifique et de la pensée religieuse est d’abord une question philosophique difficile, qui nécessite un travail exigeant sur le statut et les présupposés de chaque type de discours. La science dit la vérité dans son registre propre, mais elle est incapable d’expliquer, comme le disait déjà Leibnitz avant Heidegger « pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien ».
En tout état de cause, les conclusions scientifiques du néodarwinisme n’impliquent pas de se rallier à une philosophie athée. Il est possible de dire sa foi en un Dieu créateur dans des termes compatibles avec les leçons de la théorie de l’évolution. Plusieurs postures sont d’ailleurs possibles. Pour certains, l’émergence et l’évolution de la vie jusqu’à l’apparition de l’homme peuvent être comprises comme la réalisation d’un « projet » divin, sans qu’il faille donner à ce mot la signification d’un « programme » rationnellement déchiffrable, d’une orientation clairement lisible de l’évolution. Simplement, ils se refusent à voir un pur hasard dans la succession de circonstances improbables qui ont conduit jusqu’à l’homme. L’évolution a connu des aléas et des ratés, mais on est en droit d’y voir la mise en œuvre d’une intention. Diverses questions les renforcent dans cette opinion : la science ne pourra jamais découvrir le point zéro de la création. Les conditions nécessaires à l’apparition de la vie ont été tellement complexes et précises qu’on peut douter qu’elles se soient réunies par hasard. Ce qu’on appelle « hasard » n’a-t-il pas un sens caché ? Aux étudiants, il peut être rappelé que nombre de philosophes et de scientifiques éminents se rattachent à une telle conception.
Pour d’autres, qui se reconnaissent dans la même foi en un Dieu créateur, il faut reconnaître dans l’événement imprévisible la figure même de la liberté créatrice de Dieu. Le caractère radicalement indéchiffrable du « projet divin » peut être pleinement assumé dans la ligne d’une tradition biblique qui ne cesse de nous rappeler que « les desseins de Dieu sont impénétrables ». En montrant l’importance du hasard dans l’évolution, le néodarwinisme contribue à souligner l’inanité d’une « religion naturelle » qui voudrait faire l’impasse sur l’idée de Révélation, irruption d’un monde nouveau qui n’était en rien contenu dans ce qui l’a précédé.
La vie et la conscience humaine sont le résultat d’événements apparemment fortuits. Il en va de même pour notre propre naissance : nous aurions pu ne pas exister. Et il en va de même pour la vie spirituelle. Ce qui naît n’est pas seulement une forme nouvelle de la nature, c’est un sens nouveau qui jette une lumière nouvelle sur le monde et sur tout ce qui l’a précédé : « voici que je fais toutes choses nouvelles ! » dit la bible. Or cette « événementalité du sens » est au cœur du message évangélique. Elle est aussi au cœur de notre espérance : nous sommes toujours dans l’attente d’un « souffle imprévisible », d’une lumière qui éclairera d’un jour nouveau tout ce que nous avons vécu.
Nous refusons donc le discours actuellement développé en France par certains et tirant dogmatiquement de la vérité évolutionniste une preuve, prétendument irréfutable, de la mort ou de l’inutilité de Dieu. La nécessaire distinction entre science et réflexion philosophique s’impose. Il faut à l’évidence enseigner le fait de l’évolution. Une place doit être accordée, dans les classes terminales, aux interprétations qui en sont données. Si l’une est l’explication matérialiste, l’autre n’exclut pas un projet divin sur le monde et sur l’homme, ou un sens en devenir, que la foi en un Dieu créateur et vivant peut nous aider à découvrir au fil des événements de notre vie et de ceux du monde.
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Forum
29 mai 2007, par jungne - Répondre à ce message
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1 commentaire
Origine, création et sens
Ce que je trouve très paradoxal et ambigu dans l’attitude des scientistes, c’est qu’ils se posent majoritairement en tant que déterministes (que tous phénomènes et événements sont prédictibles) tout en faisant sans cesse appel au hasard. Il suffit de penser aux mutations ou à la mécanique quantique, grand berceau du hasard.
Là où certains matérialistes déterministes affirment que tout s’explique dans un enchaînement physique causal - Einstein cherchait "l’erreur" de la mécanique quantique ("Dieu ne joue pas au dé"), expliquant que le hasard est synonyme d’ignorance, de pièce à conviction à l’intervention divine, d’autres s’en servent pour réfuter l’existence du divin, de l’esprit, de la conscience immatérielle...
Jung, Wolfgang Pauli ou Hubert Reeves parlent de synchronicité : il ne s’agit plus de lien de causalité physique, mais d’un lien de sens... Lire La Synchronicité, l’âme et la science
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