Padre Pio

Enregistrer au format PDF   Télécharger le pdf

Version imprimable de cet article Version imprimable

Envoyer par mail envoyer par mail

Padre Pio

Chers Amis,

En parlant de ce voyage que nous allions faire, l’un d’entre vous m’a demandé : que t’apporte le Padre Pio ? Très bonne question !

Je me suis rendu compte que je ne me l’étais jamais posé et que la réponse était à la fois aveuglante d’évidence pour moi mais difficile à exprimer. Commençons d’abord par la question que « représente Padre Pio ? » Tout d’abord il semblerait qu’il s’agisse (bien qu’on ne puisse exclure l’existence d’autres cas cachés) du premier prêtre ayant reçu les stigmates de Jésus en 2000 ans d’histoire (en effet Saint François d’Assise n’a, par l’humilité, jamais voulu être ordonné prêtre). Rien que cela lui donne une importance exceptionnelle.

Il s’agit donc d’un des hommes, qui à la suite de Saint François d’Assise, a suivi au plus près le chemin terrestre du Christ en terme de souffrances pour les autres, mais aussi d’obéissance comme le Christ quand il dit à son père au jardin des oliviers : « que ta volonté soit faite » ( Mathieu 26,42). Mais qu’est ce que cela peut nous apporter personnellement, en dehors de l’existence d’un exemple édifiant, et même tout à fait exceptionnel, dans l’imitation de Jésus Christ ?

Si la réponse à la question que « représente le Padre Pio » est évidente, la réponse à la question que nous « apporte-t-il ? » est plus délicate. Le Padre Pio a écrit de nombreux textes avant le 20 septembre 1918. Il s’agit essentiellement de lettres de direction de conscience envoyées à des fils et des filles spirituels.

Après le 20 septembre 1918, les stigmates le gênent beaucoup pour écrire et les textes de lui sont relativement rares. Le plus beau que je connaisse est une méditation sur l’agonie de Jésus au jardin des oliviers et par l’acceptation de celui-ci des conditions de sa mort qui aura lieu le lendemain.

catholique a profondément souffert de ces excès « doloristes », qui, s’ils exprimaient une réalité fondamentale de la nature de notre monde, n’en n’ont pas moins détourné de la foi toute une génération en donnant une image très négative de la religion. Donc, ce que représente essentiellement le Padre Pio, (l’imitation de Jésus-Christ et la souffrance pour le rachat des pêchés des autres) n’est pas forcément ce qui peut nous apporter le plus à nous.

La preuve en est qu’il me serait difficile de conseiller la lecture d’un texte particulier du Padre Pio autre que la très belle méditation que j’ai déjà mentionnée, mais qui, même elle, contient des accents « doloristes », qui peuvent rebuter certaines personnes.

Mais le Padre Pio représente aussi autre chose, c’est peut-être dans cela qu’il peut apporter le plus au monde d’aujourd’hui.

Jésus disait à ces disciples : « Si vous aviez vraiment la foi, vous diriez à cette montagne d’aller se jeter dans l’eau et elle irait ». Le Padre Pio avait vraiment la foi et sa vie illustre ainsi, de façon étonnante, cette parole de Jésus. Le Padre Pio « concentre » en lui la quasi-totalité des dons qui ont été mentionnés chez divers mystiques, qui en général n’en possédaient qu’un ou deux à la fois. Comme le Saint Curé d’Ars, il pouvait lire dans les consciences au point de repérer dans une foule de 500 personnes, un homme ayant le projet de tuer sa femme, de l’appeler, de lui parler en privé, et de le faire renoncer à son projet.

Comme soeur Marie Yvonne-Aimée de Malestroit, il avait le don de bilocation, ayant été vu à plusieurs reprises en deux endroits en même temps, et surtout dans divers pays, lui qui n’a jamais quitté son couvent de San Gioviani Rotondo. Le Padre Pio faisait le moins possible allusion à ses talents particuliers, il n’empêche qu’ en entendant vanter par un jeune moine la technologie des nouveaux avions à réaction, permettant d’aller à Jérusalem en moins de 2 heures, le Padre Pio ne pu s’empêcher de lui dire, agacé par cet émerveillement devant la technique : « Et moi j’y vais en une minute ».

Le Padre Pio est certainement un des saints ayant fait le plus de miracles de nature physique au cours de sa vie. Le cas le plus connu est celui d’une jeune fille Gemma Di-Giorgi, née aveugle et sans pupilles et qui ne pouvait bien sûr pas voir. Elle a recouvré brusquement la vue le 18 juin 1947 , après voir communié de la main du Padre Pio, mais elle n’ a jamais eu de pupilles. Et les spécialistes qui l’ont étudiée affirment qu’elle ne peut pas voir.

Cela ne l’a pas empêché de mener une vie normale et de faire des études. Toutes proportions gardées, c’est un peu comme quelqu’un qui serait né sans les jambes et qui pourrait marcher sans qu’on comprenne comment.

Mais ces guérisons physiques qui sont innombrables sont accompagnées par des guérisons spirituelles, qui elles sont invisibles.

Des évènements plus anecdotiques montrent l’impact que le Padre Pio pouvait avoir dans l’invisible.

Une célèbre journaliste anglaise Barbara Ward, directrice de « The Economist » le rencontra en 1948. Fiancée à un protestant, elle ne pouvait dans cette époque d’avant Vatican II se marier religieusement. Demandant au Padre Pio si son fiancé allait se convertir au catholicisme, il lui répondit « oui si le Seigneur le veut il se convertira »


 Mais quand Padre ?

 « Si le Seigneur le veut dès maintenant. »

Elle fut assez déçue, mais quand elle rentra à Londres, son fiancé était déjà converti. Il avait pris cette décision exactement le jour et l’heure où sa fiancée s’entretenait avec le Padre Pio. Ce qu’il ne savait pas bien sûr. Ce témoignage est important, car on peut être sûr de son authenticité, ce qui n’est pas toujours le cas de tous les miracles rapportés avec enthousiasme par les Italiens qui peuvent parfois se laisser aller à quelques exagérations.

C’est pourquoi le meilleur livre sur la vie de Padre Pio et le plus simple à lire est celui de Maria Winowska cité plus haut.

Comme sœur Marie Yvonne-Aimée de Malestroit, il était capable d’avoir des visions exactes de l’avenir. Il prédit ainsi dès 1960, à un certain Carol Wojtyla, qu’il accéderait à la plus haute fonction dans l’Eglise catholique. Celui-ci crut que cette prédiction était accomplie quand il est devenu Cardinal, ne pouvant pas s’imaginer qu’il irait encore plus haut. Le Padre Pio avait aussi le don des langues, étant capables de parler avec de nombreux étrangers dans leurs langues maternelles, sans jamais avoir appris aucune langue.

En d’autres termes, dans ce monde d’incroyance et de matérialisme qu’est le nôtre, le rôle du Padre Pio a aussi été d’être un rappel vivant, par ses faits et gestes, par ses stigmates, par sa personne de la réalité du monde divin. Comme le film Ordet que nous avons vu ensemble, et qui ose affirmer la réalité de l’action de Dieu dans le monde, le Padre Pio a été pour tous ceux qui ont bien voulu se pencher sur son cas, un signe particulièrement étonnant de cette existence d’un autre ordre de réalité, qui peut non seulement traverser, mais renverser et transformer notre réalité à nous. Un homme du niveau du Padre Pio possède un certain type de contrôle sur le temps et l’espace et sur l’énergie et la matière. Bien entendu le Padre Pio aurait dit que cela venait de Dieu seul et qu’il n’ y était pour rien.

C’est en cela que le Padre Pio peut nous apporter quelque chose d’essentiel à nous qui sommes immergés dans le monde de la matière, où le consumérisme et le matérialisme sont si présents qu’ils peuvent souvent faire chavirer nos esprits et subvertir notre volonté.

Le Padre Pio nous apporte la certitude que nous ne nous auto-illusionons pas quand nous affirmons que non seulement le Royaume de Dieu est une réalité, mais qu’il peut se manifester ici et maintenant dans notre monde actuel. Oui c’est cela l’apport essentiel du Padre Pio pour nous, même si dans l’invisible, son apport le plus important a bien été d’être par son imitation de Jésus-Christ, une force de rédemption et une aide pour toute son époque, de façon bien entendu cachée et invisible. Comme dirait d’Eckartshausen, c’est « quelque chose dont les puissances orgueilleuses de ce monde ne se doutent pas. »

Mais il y a un dernier aspect de la vie du Padre Pio dont je voudrais vous parler, et qui pour moi personnellement, est peut-être un des plus importants. Padre Pio était très strict avec le dogme catholique, il a lui-même d’ailleurs fait preuve d’une obéissance extraordinaire, quand il a été mis en quarantaine par l’Eglise et qu’on lui a interdit pendant un certain nombre d’années de rencontrer les fidèles et de célébrer la messe en public. Il était si soucieux des règles de l’Eglise qu’en dehors de son obéissance personnelle, il pouvait rappeler à quelqu’un le nombre de messes du dimanche qu’il avait raté au cours de sa vie.

On peut dire qu’il était un peu tatillon sur ce point. Or, avant le Concile Vatican II, à une époque où donner la communion à un protestant ou un orthodoxe était sévèrement interdit, le Padre Pio a donné un jour la communion à un Hindou, un homme qui n’était même pas chrétien. Ce détail qui peut paraître insignifiant est pour moi extrêmement fort. C’est une preuve tangible de cette église intérieure dont parle d’Eckartshausen, qui relie les hommes ayant le plus d’appétence pour la lumière au-delà des dogmes, et au-delà des structures humaines.

Je vous rappelle que la justification évangélique d’une telle « Eglise de Jean » comme on l’appelle parfois se trouve à la fin de l’Evangile de Saint Jean quand Saint Pierre demande en désignant Jean : « Et lui Seigneur ? » et que la réponse de Jésus peut être interprétée ainsi : « Si je désire que ce qu’il représente (l’Eglise intérieure) subsiste jusqu’à la fin des temps, ce n’est pas ton problème, toi fait ce que tu as à faire, assure l’existence de l’Eglise visible destinée à tous. » (Jean 21.22) : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe, toi suis-moi ». Ces êtres de l’Eglise intérieure se reconnaissent sans savoir besoin d’échanger de paroles dès qu’ils se rencontrent. Nous en avons là un exemple frappant.

Un autre point concerne le fait que le Padre, pouvant lire à l’intérieur des âmes, en arrivait parfois à refuser l’absolution lors de la confession quand il « voyait » que le repentir de la personne n’était pas sincère. Les personnes en question allait parfois se confesser auprès d’autres prêtres. Ces prêtres étaient très gênés, fallait-il ou non donner l’absolution quand le Padre Pio l’avait refusé ? Le Padre Pillio si humble et si désireux de ne pas marquer sa différence n’en répondit pas moins quelque chose signifiant : « vous pouvez donner l’absolution car ce n’est pas pareil (1) ».

Si bien entendu les sacrements chrétiens ont la même valeur quelque soit le prêtre qui les donne, des êtres comme le Padre Pio évoluent dans une dimension autre. Et comme les très grands mystiques et les très grands saints de toutes les religions, ce sont des êtres à part, cette réponse constitue un autre signe discret mais très fort de l’appartenance du Padre Pio à cette église intérieure et donc de la réalité de celle ci.

En conclusion, le Padre Pio a représenté une imitation exceptionnelle de Jésus-Christ.

Par sa foi le Padre Pio a accompli des prodiges dont l’existence est très importante pour nous, car ils affirment la réalité du monde divin en une période de matérialisme extrême. Enfin pour ceux qui veulent comprendre un peu mieux la façon dont « fonctionne » le plan qu’a Dieu pour le salut des hommes, le Padre Pio est un signe de l’existence d’une Eglise intérieure lui qui fut à la fois un des membres les plus visibles et les plus éminents de l’Eglise « extérieur » de son temps.

Note :

(1) Derobert page 711 : « Oui Padre Pio jugeait les âmes, il voyait bien que, de tant à autres, celui ou celle qui était venu s’agenouiller près de lui n’avait guère de repentir (..) il arrivait parfois que l’on entendit un cri du Père : « va chercher un autre confesseur » … Et parfois le pénitent allait demander l’absolution à un autre religieux, il l’ obtenait pratiquement toujours. Mais à la longue les confrères de Padre Pio lui demandèrent ce qu’il devait faire. C’était pour eux un cas de conscience : avaient-ils ou non le droit de donner cette absolution que Padre Pio avait refusée ? Padre Pio avait alors pris un air étrange, comme étranger à lui-même, ainsi que nous l’a raconté l’un de ses fils spirituels témoin de la scène, Modesto Vinelli. « Vous absolvez toujours avait répondu le Père, mais de Padre Pio, il n y en a qu’un seul ! »

Cette réplique est surtout extraordinaire quand on connaît l’extrême humilité du Padre Pio tout au long de sa vie. Mais dans un cas comme celui-ci, il était en quelque sorte « coincé » et obligé de faire référence à sa « différence ».