Présentation du DEA de Jean Staune au Muséum National d’Histoire naturelle
Jean Staune a obtenu son DEA de paléontologie humaine du Muséum National d’Histoire Naturelle en 1994 avec mention "Assez Bien". Son mémoire de DEA, a été, historiquement, le premier apporté des indications confirmant l’approche d’Anne Dambricourt concernant la "contraction cranio-faciale".
MUSEUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
DEA QUA TERNAIRE
GEOLOGIE - PALEONTOLOGIE HUMAINE - PREHISTOIRE
CONTRIBUTION À LA MISE EN ÉVIDENCE DE LA CONTRACTION CRANIO-FACIALE À PARTIR DE L’ÉTUDE DE LA BASE DU CRANE CHEZ LES HOMINIDÉS.
Jean STAUNE
SEPTEMBRE 1994
Nous avons donc développé une méthodologie visant à aborder l’étude de la contraction cranio-faciale à l’étage supérieur de la face et dans le plan transversal sur des bases chiffrées.
Nous avons effectué 12 mesures sur 63 crânes (dont 50 crânes d’Homo sapiens servant de références), calculé 12 indices avec Moyenne et Ecart Type.
Nous avons développé une technique de comparaison par ordinateur de l’angle formé par la pente du Clivus avec deux droites de référence (Opisthion - Prosthion et Basion - Prosthion).
Les résultats obtenus par la comparaison des 50 Homo sapiens avec les 12 "Non-Sapiens" parmi lesquels se trouvent des crânes considérés comme "Sapiens Archaïques" ont montré que, sans être d’une signification extraordinaire, 7 des 12 indices évoluaient conformément aux prédictions de la théorie issue de l’analyse de la contraction cranio-faciale (il s’agit de Apophyse Mastoïde G - Projection / Apophyse Mastoïde G - Zygomatique D, Basion - Palatin suture / Porion - Porion, Basion Palatin extrêmité / Porion-Porion, Largeur Foramen Magnum / Porion - Porion, Longueur Foramen Magnum / Basion-Palatin suture, Longueur Foramen Magnum / Basion - Palatin extrêmité).
Les résultats les plus intéressants concernent les rapports incluant les dimensions du Foramen Magnum, car cela peut être un indice de l’existence d’une structure sous-jacente à la base du crâne que l’on pourrait mettre en évidence pour les différents plans d’organisation qui se succèdent au cours de l’évolution. Les résultats concernant l’angle entre la droite reliant les Apophyses Mastoïdes avec le Zygomaxillaire du côté opposé sont également prometteurs quoique préliminaires.
Parmi les 5 autres indices, l’un est inexploitable pour cause d’une erreur de mesure qui a été analysée et quantifiée, deux autres n’avaient pas d’évolution prévisible selon la théorie, il n’en reste que deux pour lesquels la théorie n’a pas été confirmée.
LES DÉVELOPPEMENTS FUTURS ENVISAGEABLES
Ces développements pourraient se faire tout d’abord par la réalisation d’un outil spécifique pour la mesure du "X" (Zygomaxillaires, Apophyses Mastoïdes) et la mise au point de comparaisons par ordinateur de la pente du Clivus. Par une inclusion dans l’étude de toutes les bases de crânes "non sapiens" disponibles.
Par une analyse multicritères permettant de croiser les indices entre eux et d’identifier des évolutions trop complexes pour être cernées par un simple indice.
Par un travail de modélisation du rythme de la contraction cranio-faciale (la figure 2 suggère que ce rythme va en accélérant et peut être identifié à une fonction mathématique connue).
Par une modélisation de la structure du crâne associée aux différents paliers de contraction.
Nous avons bien conscience de la modestie du travail réalisé par rapport à ce qui est en jeu en ce domaine. En effet, si l’étude de la contraction cranio-faciale met bien en lumière l’existence d’un petit nombre d’ontogénèses fondamentales chez les hominidés cela peut aboutir à une révolution de la classification (à partir du moment où il serait montré que même en cas d’interfécondité il ne peut y avoir mélange des ontogénèses. Chez un sujet mixte, l’ontogénèse de l’un des parents l’emporterait sur l’autre).
Dans le cas le plus favorable, celui où chaque palier de contraction (donc, indirectement, chaque ontogénèse) correspondrait à une fonction mathématique qui pourrait être déterminée, il serait possible lors de la découverte de nouveaux fossiles de les rattacher immédiatement au groupe correspondant à leur palier de contraction.
Rien ne prouve bien sûr que cela soit possible, mais les différents résultats obtenus depuis 7 ans indique que l’étude de la contraction cranio-faciale pourrait permettre d’avancer dans cette direction. L’évolution des hominidés est actuellement considérée comme un phénomène quelque peu chaotique et dû au hasard, puisque provenant entièrement de mutations aléatoires et de l’adaptation ou de la non-adaptation aux changements de l’environnement. Mais ce ne serait pas la première fois qu’un ordre sous-jacent serait identifié à l’intérieur d’un phénomène qui, superficiellement, pourrait paraître dû au seul hasard ; si cet ordre existe il est clair qu’il sera complexe à mettre en évidence, l’évolution des hominidés étant très buissonnante. Néanmoins, l’enjeu est d’importance, car le résultat peut révolutionner nos conceptions concernant notre place dans la nature et le sens de l’aventure humaine.
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