Théorie et pratique de l’obscurantisme scientifique
Par Jean Staune , :: Nature de la Science :: Aucun commentaire
Je réponds ici à un texte de Guillaume Lecointre intitulé « Déplacement de cible » que vous pourrez trouver à l’adresse suivante : http://www.assomat.info/Guillaume-Lecointre-encore-une
Le lecteur découvrant cette polémique doit savoir qu’il ne s’agit pas d’une querelle entre personnes, mais d’un débat de fond portant sur la nature de la science et sur la liberté d’expression.
Un bref rappel des faits : depuis 1995, l’Université Interdisciplinaire de Paris, association de loi 1901 dont je suis le Secrétaire général, a organisé des dizaines de colloques, petits et grands, des centaines de cours du soir et publié quelques ouvrages sur les implications philosophiques et métaphysiques des sciences contemporaines.
Presque depuis le début, c’est-à-dire depuis 1997, nous sommes poursuivis par les « foudres » de Guillaume Lecointre et de ses amis (L’AFIS, l’Union rationaliste, la Libre pensée, les Brights) en ce que nous voudrions réintroduire la spiritualité et permettre le progrès de la religion dans les sciences. Au nom de cette défense de la laïcité, Guillaume Lecointre, en toute bonne conscience, se croit tout permis ou presque.
Ainsi, n’hésite-t-il pas à écrire : « Oui, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter que le public soit trompé, y compris faire contre-pression occulte sur les media, puisque la réussite apparente de l’UIP procède précisément par pression occulte. J’ai encouragé mes collègues à faire annuler une table ronde à Grenoble. J’ai encouragé mes collègues à faire annuler l’émission programmée sur Arte. »
Il est donc fondamental d’analyser la nature des idées dont Lecointre veut empêcher la diffusion. S’il s’agissait de thèses comme celles de Harun Yahya, qui a récemment envoyé un « atlas de la création » à toutes les écoles françaises, où il explique que l’homme ne descend pas du singe et que Le Coran est une bien meilleure source d’information sur l’origine de l’homme que ne l’est la biologie moderne, Lecointre aurait parfaitement raison. Il serait parfaitement scandaleux que ces idées soient présentées à la télévision sans esprit critique et débattues dans des universités.
Le problème, c’est que les idées dont Lecointre veut empêcher la diffusion n’ont absolument rien à voir avec celles-là, elles sont même antithétiques de telles idées, en ce qu’elles amènent justement le public à croire à ce fondement de la science moderne qu’est l’évolution.
En effet, il n’y a pas de plus grands supporters de l’évolution que les néo-Teilhardiens tels qu’Anne Dambricourt et moi-même, puisque le concept d’évolution se trouve à la base même de la pensée de Pierre Teilhard de Chardin.
Une évolution certes orientée, qui n’est pas soumise aux seuls aléas des mutations et de la sélection naturelle – bien que, évidemment, ces aléas existent – mais qui suit une pente un peu comme l’eau dévalant une colline, se dirigera toujours selon la plus forte pente de celle-ci.
Lecointre rappelle qu’il a écrit à propos de l’UIP : « Elle n’est pas créationniste : elle se veut évolutionniste, mais d’un évolutionnisme compatible avec la foi religieuse. »
Quel dommage que tant d’amis de Lecointre aient oublié ce brevet d’évolutionnisme qu’il nous a décerné. Oui, il a parfaitement raison, nous sommes des évolutionnistes et notre conception de l’évolution, comme celle de Teilhard de Chardin, est évidemment compatible avec la foi religieuse. Mais il faut dire que Lecointre lui-même cultive l’ambiguïté. Quelques lignes plus loin, il ajoute : « l’UIP pourrait effectivement apparaître comme la promotrice d’un créationnisme " doux ", en quelque sorte d’un providentialisme scientiste, dans le sens où elle fait sortir la science de son périmètre de légitimité en voulant la marier de force avec la quête spirituelle. »
Sur le même site internet que celui où l’on trouve ce texte de Lecointre, un de ses proches collaborateurs, Marc Silberstein, dans un texte intitulé « L’Unité des créationnistes » écrit : « En toute rigueur, Grassé était, selon la typologie que j’essaye d’expliquer ici, un créationniste, certes d’une sorte particulièrement sophistiquée. Pour des raisons analogues, il en est de même avec les partisans de l’UIP, de l’Intelligent Design (ID), entre autres . »
Ici a lieu une scandaleuse confusion des genres que non seulement Lecointre ne critique pas mais encourage. En effet, Marc Silberstein prétend ici qu’en toute rigueur (sic), on peut traiter de créationniste un des plus grands zoologistes du 20ème siècle ayant tenu pendant 20 ans la chaire de l’évolution à la Sorbonne, sous prétexte qu’il était chrétien et critique du darwinisme, ayant des positions néo-Teilhardiennes.
Une simple affirmation de ce type devrait discréditer son auteur et ceux qui la diffusent, les sites matérialistes comme Assomat, l’Union rationaliste, la Libre pensée, les Brights, presque aussi sûrement que les thèses absurdes d’Harun Yahya sur l’origine de l’homme discréditent son auteur.
Mais c’est ici que s’introduit le « deux poids deux mesures ». Autant la parole des créationnistes sera à juste titre rejetée comme absurde, autant les propos de matérialistes comme Silberstein et Lecointre seront acclamés et écoutés au nom de la lutte contre l’obscurantisme religieux. Or, avec ce type de démarche, on pourrait traiter de créationniste Newton, Pasteur, Max Planck et tous ceux qui, parmi les fondateurs de la science moderne, étaient croyants. On est donc bien ici en pleine absurdité.
Aujourd’hui, les termes de « créationniste » ou de « néo-créationniste » ont une portée quasiment équivalente aux termes de « fasciste » ou de « néo-fasciste ». Il suffit de les employer envers quelqu’un pour ruiner sa carrière ou sa réputation intellectuelle. Ils devraient donc être employés uniquement à bon escient et avec la plus grande prudence.
En ce qui me concerne, cela fait des années déjà, que je lutte contre le créationnisme (voir sur mon site staune.fr : http://www.staune.fr/Un-Chretien-peut-il-etre-anti.html ou http://www.staune.fr/Analyse-du-livre-de-Pierre,173.html), même si j’ai remarqué que cela est de peu d’utilité, les créationnistes étant sourds aux critiques que l’on peut leur faire et aux évidences qu’on leur montre.
Lecointre, et beaucoup d’autres avec lui, affirment que nous avons des liens évidents avec le mouvement américain intitulé « Intelligent Design ». Il fait ainsi référence à la publication d’un article de Philip Johnson, l’un des fondateurs de l’Intelligent Design, dans la revue Convergences de l’UIP : « Jean Staune veut-il des photocopies pour lui rafraîchir la mémoire ? »
Ici, c’est Guillaume Lecointre qui a besoin qu’on lui rafraîchisse la mémoire. Nous avons en effet fait précéder la publication de cet article de Philippe Johnson relatif à une critique du matérialisme scientifique (article excellent selon moi et qui n’avait rien à voir avec l’évolution ou le créationnisme) d’un long chapeau mettant en garde le lecteur contre les idées dudit Johnson qui, dans ses livres et ses écrits, n’accepte pas l’idée d’évolution.
Nous précisions bien que cette position était inacceptable, mais que cela ne devait pas empêcher le lecteur d’apprécier la critique d’ordre philosophique que Johnson faisait du matérialisme scientifique. C’est le seul et unique lien existant entre l’ensemble des activités de l’UIP et l’Intelligent Design, avouez que cela fait peu.
Par ailleurs, lors d’une conférence à l’Université Concordia, dans le Wisconsin, intitulée « L’Intelligent Design et ses critiques », débat contradictoire entre les principaux tenants de l’Intelligent Design, j’ai dit (il en existe des enregistrements) que la pensée de Philippe Johnson était une catastrophe pour la critique du darwinisme, catastrophe à l’image de la marée noire déclenchée par l’Exxon Valdez sur les côtes de l’Alaska.
J’ai dit cela devant tous les tenants de l’Intelligent Design parce que justement, ne pas admettre l’évolution est non seulement un crime contre la science, mais c’est aussi une façon de renforcer le darwinisme ; plus il y aura de créationnistes niant l’évolution, plus le darwinisme en sera renforcé – parce que sa critique par des biologistes sérieux et évolutionnistes deviendra plus difficile à cause des risques d’assimilation.
Quant à Michael Denton, il a bien été membre, tout au début, du Discovery Institute, la principale fondation soutenant l’Intelligent Design. Mais il en est parti rapidement car il rejette à la fois les conceptions darwiniennes et celles de l’ID comme étant, dans les deux cas, beaucoup trop mécanistes, et ne prenant pas en compte la complexité des phénomènes biologiques, comme le montre le texte qui se trouve à l’adresse : http://www.kurzweilai.net/meme/frame.html ?main=/articles/art0498.html
Les propos suivants sont ainsi une critique claire et nette de l’ID. (Extrait) « Même certains arguments traditionnels en faveur du dessein, tels que ceux de Paley, doivent être reconsidérés étant donné qu’ils affirment que les organismes vivants sont analogues à des artefacts, c’est-à-dire qu’ils sont par essence contingents et non nécessaires et donc, comme des artefacts produits par l’homme, requièrent, pour leur assemblage, un concepteur intelligent. »
Michael Denton a publié sa conception de l’évolution dans une revue à référés, Le journal de biologie théorique, sous le titre « Le repliement des protéines en tant que formes platoniques : nouveau support pour une conception prédarwinienne de l’évolution par loi naturelle ». Voir http://www.staune.fr/The-Protein-Folds-as-Platonic.html. Titre explicite démontrant que, selon lui, l’évolution se produirait bien grâce à des lois naturelles et non par l’intermédiaire de la sélection naturelle (et qui bien entendu montre au passage qu’il est un ferme défenseur de l’évolution, contrairement à ce que certains problèmes de traduction et de vocabulaire avaient pu laisser penser à la publication de son premier livre il y a près de 20 ans Evolution une théorie en crise).
Il a ensuite publié dans Nature, un article intitulé « Les lois de la forme revisitée » qui se conclut par : « Et cela signifiera un retour à la conception prédarwinienne selon laquelle, sous-tendant toute la diversité du vivant, il y a un ensemble fini de formes naturelles qui réapparaîtra encore et toujours partout dans l’univers où il y a de la vie à base de carbone. » Voir http://www.staune.fr/Les-lois-de-la-forme-revisitees.html. Si ces idées étaient validées, cela voudrait dire que les lois de la physique ont dû avoir un rôle bien plus important dans l’évolution des formes biologique que ce qu l’on a généralement imaginé.
Lecointre s’opposerait-il à la diffusion en prime time de ces idées publiées dans une revue à référés, republiées dans Nature, sous prétexte qu’elles sont scandaleusement anti-darviniennes, et font référence à une conception platonicienne du monde ? Oui bien sûr, et on peut même imaginer que s’ils avaient vécu à son époque, Lecointre et ses collaborateurs se seraient opposés à la diffusion des idées de Grassé, professeur à la Sorbonne, puisque « en toute rigueur », il doit être considéré comme créationniste.
On voit bien comment ce type d’amalgame peut amener à une profonde altération de la liberté d’expression démocratique et à la liberté de recherche en science. Prenons le cas emblématique du film d’Arte « Home sapiens, une nouvelle histoire de l’homme ». Ce film qui met en scène les travaux d’Anne Dambricourt- Malassé publiés dans la revue à référés Quaternary International dès 1993, ne contient pas une seule phrase relative à des préoccupations religieuses ou des présupposés métaphysiques.
Il s’agit de l’exposé d’une conception scientifique sur l’origine de l’homme, que l’on peut bien entendu critiquer, mais qui se situe au cœur même du débat scientifique sur la nature du processus permettant l’évolution. Or Lecointre a envoyé un email à Arte, que vous trouverez ci-joint http://www.staune.fr/Lettre-de-Guillaume-Lecointre.html et dont vous apprécierez le côté manipulatoire « Ne mentionnez pas votre affiliation à la libre pensée, etc. ».
Suite à l’envoi de cette email, la direction d’Arte a pris peur et a fait quelque chose d’incroyable : elle a organisé un « non débat » postérieur à la diffusion du film, durant lequel deux scientifiques se sont relayés pour critiquer ce dernier sans l’ombre d’un argument contradictoire. Autant il aurait été normal qu’un débat contradictoire suive le film, autant cette condamnation sans débat est évidemment scandaleuse pour des thèses qui, encore une fois, ont été publiées dans des revues à référés et à l’Académie des sciences, et qui même si controversées, n’ont rien à voir avec des délires créationnistes.
Le fait qu’un des grands spécialistes de ces questions, le professeur Jean-Louis Heim, ait trouvé le film très bon (voir sa lettre à Thomas Johnson, le réalisateur du film, sur http://www.hominides.com/html/actualites/actu181105-thomas-johnson-homo-arte.htm) ne sera jamais mentionné, encore moins l’opinion de Yves Coppens, publiée dans les annales du Collège de France, excusez du peu, après une intervention d’Anne Dambricourt durant son séminaire au Collège de France, où elle avait présenté exactement les mêmes idées que celles qui apparaissent vulgarisées dans le film diffusé sur Arte (je ne vais pas développer ici ce que sont les idées d’Anne Dambricourt, vous trouverez des informations sur http://www.agoravox.fr/article.php3 ?id_article=6003 ). Coppens disait pourtant : « Ses propres recherches, qui portent sur l’évolution du crâne dans une perspective à la fois ontogénique et phylogénique, démontrent un phénomène de flexion-contraction (de celui-ci) qui se déroule par paliers (2 500 000 ans et 200 000 ans, par exemple) et qui est le produit d’une embryogenèse l’ayant mémorisé (« la phylogenèse, dit-elle à juste raison, est souvent un suite d’adultes ») […] J’ai conclu ce séminaire en disant que je n’étais pas éloigné de la pensée de mon invitée. Ce n’était pas qu’une courtoisie d’hôte ; le sens (dans tous les sens du terme) de l’histoire de la matière inerte, vivante, pensante, dans sa course à la complexité, est un constat troublant. »
Aujourd’hui, le film est « placardé » (mis à l’index, exactement comme pouvaient l’être, toute proportion gardée, les idées de Copernic et Galilée il y a quelques siècles) et Lecointre en est fier : « Si cela est compris, empêcher la diffusion d’un film de l’UIP n’est pas de l’obscurantisme, c’est de la lutte politique au sens noble du terme. »
Cela nous montre, premièrement, à quel point Lecointre est « stalinien », puisque pour lui, la lutte politique au sens noble du terme… (sic !!!) consiste à empêcher l’adversaire de s’exprimer. Deuxièmement, à quel point il surfe sur l’amalgame profondément malhonnête établi par lui et ses amis entre des idées évolutionnistes non-darwiniennes et des idées néo-créationnistes. Troisièmement, cela montre que Lecointre est également parano et qu’il voit l’UIP partout car il parle d’un « film de l’UIP » dans cet article comme dans son email, alors que l’UIP n’était strictement pour rien dans la production, la diffusion, ou le contenu de ce film. Simplement Lecointre ne croit pas qu’une grande chaîne publique puisse s’intéresser par elle-même à des idées différentes des siennes et qui ont un scandaleux parfum de spiritualisme même si, encore une fois, le film n’abordait en rien les questions religieuses.
Lecointre nous dit : « Nous, les scientifiques, entendons restreindre la science à ce pour quoi elle est réellement faite depuis le 18ème siècle : expliquer la nature sur les seules ressources de la nature ; sans faire appel au spiritualisme, au surnaturel ou à la transcendance (principe méthodologique) et en dehors de l’emprise des religions (principe politique). Il s’agit là d’une simple humilité/lucidité méthodologique. Jean Staune et l’UIP travaillent précisément au contraire. » Tout d’abord, contrairement à ce que dit Lecointre, nous ne faisons pas appel au spiritualisme, au surnaturel ou à la transcendance a priori. Toute la démarche de l’UIP et des nombreux chercheurs qui y participent consiste en une exploration du réel sans a priori, ou du moins avec le moins d’a priori possibles – personne ne pouvant prétendre n’avoir aucun a priori –, et d’en tirer des conclusions philosophiques a posteriori. Même si celles-ci peuvent renforcer des conceptions non-matérialistes du monde. Non seulement ce n’est pas un crime de faire ceci, mais c’est même quelque chose de sain, comme le rappellent les signataires de l’article « une science sans a priori » (Le Monde du 23 février 2006, voir http://www.temoins.com/article.php ?rubrique=actualite2&id=19 ).
Ensuite, le cadre conceptuel dont parle Lecointre a complètement explosé suite à l’évolution de la science, et de la science seule. On ne peut plus aujourd’hui expliquer la nature par les seules ressources de la nature. L’univers dans lequel nous vivons n’est pas ontologiquement suffisant. Il ne s’explique pas par lui-même. Ce résultat, fort important, a été obtenu par la science elle-même. Le nier, ce que font Lecointre et ses amis, est à peu près du même ordre que nier, toutes proportions gardées, à l’époque de Copernic, la rotation des satellites de Jupiter autour de Jupiter malgré les évidences fournies par les premières lunettes astronomiques.
Je n’ai pas la place ici de démontrer cela. Que les lecteurs veuillent bien se référer à mon ouvrage Notre existence a-t-elle un sens ?, chapitre 5, Presses de la Renaissance, 2007, ou au site de mon livre www.lesensdelexistence.fr.
Voici donc la « recette » de l’obscurantisme scientifique : Sur le plan théorique, vous devez :
1- Absolutiser votre conception de la science et affirmer qu’elle est la seule possible.
2- Créer ensuite des amalgames entre toute une série de personnes développant des idées folles ou absurdes clairement situées à l’extérieur du champ de la science, et des personnalités scientifiques s’exprimant sur les implications métaphysiques de leur propre discipline scientifique.
3- Une fois cet amalgame créé, criez haut et fort que l’expression de ces idées relève d’une intrusion spiritualiste en science, même quand cette expression est faite, répétons-le, par des scientifiques s’exprimant sur les implications de leurs propres domaines de compétence.
4- Envoyez au visage de l’adversaire l’argument d’autorité (« ce n’est pas parce que des prix Nobel disent quelque chose qu’ils ont raison ») alors que cet argument n’est en aucun cas utilisé pour affirmer la véracité intrinsèque des thèses présentées mais pour réclamer le droit à l’expression de ces thèses et pour établir une démarcation absolue entre ces thèses et celles qui ne méritent pas d’avoir le droit de s’exprimer car elles sont propagées par des individus lunatiques ou fanatiques n’ayant aucune compétence particulière.
5- Enfin, vous pouvez handicaper les carrières de collègues dont les idées ne vous plaisent pas, vous pouvez mettre en sommeil des programmes de recherche, freiner des débats scientifiques légitimes et désinformer le public, et tout cela en toute bonne conscience.
Lecointre est assez naïf pour croire que je cherche le débat avec lui. Il explique doctement à ses amis qu’il ne faut surtout pas débattre avec nous : « Je suis persuadé que " débattre " avec l’UIP est la dernière chose à faire. » S’il y a un seul point sur lequel je suis bien d’accord avec Lecointre, c’est qu’effectivement, un tel débat ne sert à rien. J’écris ici pour tous les observateurs neutres de cette polémique pour qu’ils puissent se faire une idée par eux-mêmes et non pour Guillaume Lecointre.
Comme je le disais précédemment, j’ai une grande expérience dans la lutte contre le créationnisme (voir les références citées ci-dessus) et elle m’a appris qu’il ne sert strictement à rien de discuter avec un obscurantiste. Or, la structure mentale de Lecointre, de Silberstein et de leurs amis, est exactement la même que celle des créationnistes : c’est-à-dire rester enfermé dans sa bulle, dans sa conception du monde, dans ses a priori, en excluant les démarches rationnelles et objectives et les faits qui pourraient contredire ses a priori, en se rattachant à toutes les « bribes » de faits ou de théories qui pourraient les confirmer.
Dans mon ouvrage cité ci-dessus, j’ai, le plus honnêtement possible, développé dans les chapitres 10 et 13 les idées de tous les principaux scientifiques ayant des conceptions totalement opposées aux miennes dans le domaine des sciences de la vie et de la conscience, avant d’exposer mes propres idées et celles des scientifiques allant dans la même direction. C’est une chose que vous ne verrez jamais sous la plume de Lecointre et de ses amis, et c’est bien pour cela que leur démarche est obscurantiste.
Lecointre dit « que l’UIP ne relève pas d’une activité scientifique normale (institution produisant des publications évaluées par les pairs au niveau international », mais nous n’avons jamais prétendu être cela. Comme les Universités populaires, comme l’Université de tous les savoirs (ULTS), nous organisons des cours du soir et des conférences. On n’a jamais reproché l’appellation d’« Université » à toutes ces structures. Néanmoins, grâce à la générosité de la Fondation Templeton, nous soutenons bel et bien des programmes de recherche dans plus de 10 pays et 18 universités, dont certaines prestigieuses (voir www.uip.gpss).
C’est pourquoi, contrairement à ce que dit Lecointre (« l’UIP est une entreprise de communication utilisant des scientifiques »), l’UIP n’est nullement une entreprise de communication a priori. C’est un endroit où s’élaborent de nouvelles synthèses et où nous essayons de soutenir et de développer des programmes de recherche dans la limite de nos moyens. C’est seulement ensuite qu’une certaine communication peut avoir lieu. Lecointre et ses amis utilisent infiniment plus que nous les techniques de communication, contrairement à ce qu’ils avancent, pour empêcher l’expression légitime d’idées et de théories qui ne leur plaisent pas et qui dépassent la conception extrêmement réduite de la science qui est la leur.
Selon moi, nous sommes dans une situation identique à celle de la Renaissance, et qu’a très bien analysé Thomas Kuhn dans son ouvrage La Structure des révolutions scientifiques, quand il parle de l’émergence d’un nouveau paradigme. Un petit groupe de scientifiques développent des idées radicalement nouvelles qui changent entièrement notre vision du monde. Un certain nombre de membres de l’establishment s’y oppose avec fureur et fait tout pour empêcher la diffusion desdites idées. Sauf qu’aujourd’hui, la situation est inversée car les idées en question ont des implications spiritualistes, alors que les idées précédentes avaient des implications matérialistes, et que ceux qui s’y opposent ne sont pas de grands inquisiteurs, membres de l’église catholique, mais des scientifiques et des penseurs matérialistes, membres de l’union rationaliste.
Pourtant, dans un cas comme dans l’autre, la vérité finira par s’imposer. C’est justement ce qui fait la grandeur de la science. Néanmoins, des démarches comme celles de Lecointre et de ses amis peuvent faire prendre des dizaines d’années de retard aux progrès de nos connaissances. Et c’est la raison pour laquelle elles doivent êtres dénoncées comme l’essence même de l’obscurantisme tout comme le fondamentalisme religieux, et cela par tous ceux, y compris les plus matérialistes, qui sont sincèrement animés par des vertus de tolérance et de démocratie. Il est clair qu’il n’est pas nécessaire de rappeler à Lecointre la phrase de Voltaire « Je déteste vos idées, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de les exprimer », car il s’agit clairement d’une attitude bien au-delà de ses propres possibilités de compréhension.
Jean Staune, Secrétaire Général de l’UIP
PS : Un certain nombre d’autres points mineurs méritent d’être précisés en-dehors du texte principal.
1- La Fondation Templeton, contrairement à une désinformation assez incroyable à son propos, est l’un des principaux financiers des adversaires de l’Intelligent Design et des créationnistes aux USA. Elle finance, entre autres, pour plus de 3 millions de dollars, un programme de la plus grande association scientifique au monde, the American Association for the Advancement of Science, éditrice de la prestigieuse revue Science, dans le but de faire accepter l’évolution dans les milieux chrétiens américains (http://www.templeton.org/funding_areas/show_profiles.asp ?p=39&b=6%7C5 ). Elle finance pour 1 million de dollars la publication des œuvres de Darwin (http://www.templeton.org/funding_areas/show_profiles.asp ?p=12331&b =2). Peut-on imaginer un seul instant le Discovery Institute ou toute autre fondation liée à l’intelligent Design ou au créationnisme faisant pareil, alors que pour eux, Darwin est le diable ? Elle finance, conjointement avec l’Université de Cambridge, pour plus de 3 millions de dollars un grand programme de recherche sur l’évolution (voir ici http://www.cambridge-templeton-consortium.org/ les programmes de recherche et les scientifiques ayant été subventionnés). Être soutenu par Templeton, loin d’être un argument permettant de créer des liens entre l’UIP et l’Intelligent Design, est le signe du contraire.
2- Lecointre dit : « Je ne suis pas sûr que Jean Staune souhaite qu’on ébruite la nature des congrès qu’il organisait dans les années quatre-vingt, avant l’UIP. L’ésotérisme y avait bonne place. D’ailleurs il l’a toujours : par exemple, en 2001, dans les programmes de conférences de l’UIP, le bouddhisme vietnamien, le soufisme, la kabbale, les évangiles continuent de côtoyer le théorème de Gödel et la mécanique quantique. » Il est mal informé car je n’ai organisé aucune conférence dans les années 80, j’étais trop jeune ! Il reprend ici un ragot répandu sur Internet et qui a pour origine un texte de Patrick Tort m’attribuant la responsabilité de programmes de l’Université Populaire de Paris, structure où je n’ai jamais mis les pieds et qui effectivement donnait la parole entre autres à des voyants qui racontaient leurs voyages dans l’astral. Lorsque l’UPP a cessé ses activités et que celles-ci ont été reprises par l’UEP, je suis entré en jeu et j’ai viré immédiatement tous ces personnages. Et rien que pour cela, je mériterais une décoration du ministère de la recherche et de l’union rationaliste ! Par ailleurs, il est tout à fait symptomatique que Lecointre considère que la présentation de la kabbale ou du soufisme dans le programme actuel de l’UIP par des enseignants universitaires de réputation internationale comme Maurice Ruben Hayoun, de l’école pratique des hautes études pour la kabbale, ou d’Eric Geoffroy, de l’Université de Strasbourg pour le soufisme, soient à mettre sur le même plan que les conférences ésotériques de l’UPP. Il y a là un mépris ou une incompréhension totale de ce que peut être l’étude du champ religieux, discipline pourtant universitaire malgré les restrictions, scandaleuses à mon avis, que lui impose la laïcité à la française. L’Angleterre et l’Allemagne sont-elles des pays livrés à d’abominables fondamentalistes religieux car elles autorisent de faire passer des thèses de théologie dans leurs plus grandes universités alors que cela est interdit en France ? Mais ceci est un autre débat.
3- Enfin, Lecointre insiste beaucoup sur ma stratégie de la photo de famille. Selon lui, je piègerais des personnalités scientifiques en les amenant à l’UIP pour pouvoir ensuite m’appuyer sur la respectabilité que procure leurs noms. C’est vraiment prendre les 20 prix Nobel et les 300 personnalités scientifiques qui sont venus à l’UIP au cours des 12 dernières années pour des moutons ou des imbéciles. Seules deux personnes (Antoine Danchin et Jean-Marc Lévy Leblond) se sont plaintes d’avoir été piégées par l’UIP. Il s’agissait en fait d’une conférence co-organisée par l’UIP et un temple protestant, celui de l’Etoile (avenue de la Grande Armée à Paris) dans lequel le pasteur Alain Houziaux organise des conférences renommées. L’organisateur protestant avait oublié d’informer ces deux participants que cette manifestation était organisée conjointement avec nous. C’est de là que vient cette légende, reprise par Patrick Tort, Guillaume Lecointre et bien d’autres, que nous piègerions nos intervenants. Bien au contraire, nous donnons à nos futurs intervenants la liste de toutes les activités de l’UIP et nous en sommes particulièrement fiers étant donné leurs qualités, comme vous pourrez le regarder sur le site www.uip.edu. Les propos de Lecointre viennent du fait qu’il ne peut pas imaginer, étant donné sa cécité quant à l’évolution actuelle des sciences, que de très nombreux scientifiques partagent, de près ou de loin, l’approche de l’UIP ou, pour le moins, ne s’y opposent pas, ce qui fait que nous n’avons aucune difficulté à trouver chaque année des intervenants de qualité.
4- Enfin, les amis de Lecointre (cf. référence située en tête de cet article) le présentent comme une victime de nos attaques (« Guillaume Lecointre, encore une fois pris pour cible par l’UIP »). Cela est vraiment un comble lorsque l’on sait à quel point Lecointre nous a pris pour cible dans le passé. Alors que de notre côté, nous ne l’avons jamais critiqué autrement qu’en nous défendant de ses attaques
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